
Style mural du Kerala.
Liste des personnages du Conte traduit du Devi Mahatmyam:
- Brahma, le Créateur cosmique, également nommé Prajapati
- ViáčŁáču, le Dieu qui PrĂ©serve le cosmos, le Dharma, et dĂ©fend les opprimĂ©s
- La DĂ©esse (DÄvÄ«) aux noms et formes multiples, MahaDurga-KÄli, connue aussi sous le nom de Saraswati et Lakshmi
- Madhu et Kaitabha, les deux démons
- Le roi du pays de justice
- Le marchand
- Le Grand Sage
Vous trouverez ci-dessous, le texte tapuscrit en français, assorti de deux fichiers audio pour votre confort de lecture.

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Lecture sans musique â
Il y a bien longtemps, un roi juste et consciencieux rĂ©gnait sur son royaume avec probitĂ© et amour. Oui, amour. Il aimait ses sujets comme sâil sâagissait de ses propres enfants. Le lait et le miel coulaient Ă flots pour chacun dâeux, la vie Ă©tait tranquille, propice au recueillement. Partout, dâest en ouest, du nord au sud, la contrĂ©e, splendeur de beautĂ© naturelle, brillait de mille feux, comme un joyau Ă©ternel.
Mais prenons bien garde Ă tout ce qui brille, car la renommĂ©e du royaume vint Ă dĂ©passer ses frontiĂšres. L’Ă©cho de cette douce fĂ©licitĂ© retentit aux confins du continent voisin, prĂ©sidĂ© par des ĂȘtres peu scrupuleux, vils, avides et emplis de convoitise, dâimmondices, et de mĂ©chancetĂ©. Et dans leurs cĆurs noircis de concupiscence, le dĂ©sir dâenvahir le royaume de justice, de probitĂ© et dâabondance apparut, et ils se mirent en chemin, prenant hommes, chevaux et engins de mort pour faire la guerre. Leur premiĂšre tentative Ă©choua.
La deuxiÚme fut couronnée de succÚs.
Oui, les gens immondes de la contrĂ©e voisine pervertirent le cĆur des habitants du royaume de justice, et les sĂ©nĂ©chaux, oppressĂ©s par le peuple en colĂšre, conspirĂšrent contre le roi de justice pour le faire mourir. Alors, le souverain s’enfuit, prĂ©textant un voyage de chasse dans la forĂȘt.
Il ne revint jamais.
ArrivĂ© dans les bois, il erra huit lunes et neuf soleils avant de dĂ©couvrir une clairiĂšre fraĂźche et lumineuse oĂč tous les animaux, mĂȘme les plus fĂ©roces, vivaient en paix les uns avec les autres. Des hommes et des femmes entretenaient ce petit coin de paradis comme sâil sâagissait de leur propre jardin, et le roi de justice fut Ă©merveillĂ© de dĂ©couvrir que dans cette clairiĂšre rĂ©sidait un grand Sage.
Un jour, alors quâil se languissait de son palais, de son royaume, de sa cour et de ses sujets, un homme arriva par un petit chemin escarpĂ©, slalomant entre les pierres et sautillant faiblement, le visage Ă©maciĂ©, le front ruisselant de sueur, les joues encore humides de tant de larmes versĂ©es.
Se rapprochant un peu de lui, le roi de justice ainsi sorti de sa torpeur, lui demanda avec grande délicatesse:
« Ami, ta tristesse jusquâĂ mon rocher sâest faite sentir, que veulent tes Ă©paules rĂ©signĂ©es dire? Et tes yeux embuĂ©s, ton teint grisĂątre, et ta longue mine? Ăpanche toi un peu sur moi et sois apaisĂ©.
Ainsi, lâhomme au visage Ă©maciĂ© lui conta son malheur:
« Suis-je encore digne de douceur, surtout de la part dâun Ă©tranger, quand ma propre famille, vorace et maltraitante, de ma maison mâa expulsĂ©? Pour mes enfants, dĂšs leurs premiĂšres heures, je nâai eu que tendresse. Mon Ă©pouse, ma gloire, ma fiertĂ©, ma vraie richesse, de rien nâa jamais manquĂ©. Et voilĂ quâils ont ourdi de noirs desseins, pris le fruit durement Ă©pargnĂ© de mon labeur quotidien, dĂ©sertant du jour au lendemain notre familiale demeure. Mon cĆur saigne depuis seize lunes, de tout ce quâils mâont spoliĂ©, de mon commerce prospĂšre et perdu, mais il saigne encore plus de lâamour quâils se refusent ainsi Ă me donner. Comme un retour auprĂšs dâeux serait exquis, dĂ©licieux! Comme cela me rendrait heureux!
Le roi de justice, en paroles sincĂšres et consolatrices, lui avoua sans dĂ©tour quâil nây avait pas lieu de se languir de vautours, fussent-ils familiers, puis fut immĂ©diatement surpris par la semblance de leurs Ă©tats dâĂąme attristĂ©s! Lui aussi dĂ©sirait encore ardemment son royaume, retourner sur les terres de sa dĂ©bĂącle, de sa traĂźtrise, dĂ©sirant si fort tout ce quâil lâavait jadis peinĂ©!
Quelle Ă©trange passion intĂ©rieure, pensa-t-il avant de s’enquĂ©rir auprĂšs des hommes et femmes de la clairiĂšre, disciples du sage, en ces mots:
« Puis-je rencontrer le Grand Sage cachĂ© entre ses arbres, sous ce ciel, Ă lâabri de ces feuillages, dans cette clairiĂšre paisible oĂč jâespĂšre trouver le repos? Je suis le roi en fuite dâun pays voisin. DĂ©chu, je suis. Trahi par mon peuple et ma cour, que jâai chĂ©rie toute ma vie. Et lâhomme commerçant qui, Ă mes cĂŽtĂ©s, se tient, partage presque en tout point, mon funeste destin. »
Câest alors quâune voix au milieu du petit groupe dâhommes et de femmes de la clairiĂšre se fit entendre :
« Parle maintenant! Le Sage tâentend ».
Alors, le roi de justice tomba genoux Ă terre, son corps, pourtant fort et majestueux, se secouant de sanglots, dâoĂč sâĂ©chappait une lancinante requĂȘte:
« Mon royaume est si beau, cette clairiĂšre est si belle, mais que fais-je ici? Mes sujets, si plein dâamour autrefois, mâont trahi et malgrĂ© cela, je les porte dans mon cĆur, je revois leurs sourires passĂ©s, leurs chants joyeux, jâai en mĂ©moire la douceur de ma contrĂ©e, et je pleure.
Pourquoi, ĂŽ Sage auguste des clairiĂšres paisibles? Quel est ce cĆur endolori qui se languit encore de ce qui lui cause douleur? Ce qui a blessĂ© nos Ăąmes il y a peu, nous le dĂ©sirons ardemment. Quelle est donc ce mal mystĂ©rieux?»
La voix du Sage sâexclama:
« Ă Roi de justice, ĂŽ Marchand endolori. Voyez les oiseaux et leurs petits, comme ils se tracassent tout le jour pour donner la becquĂ©e de leur bouche, alors quâeux-mĂȘmes ont le ventre vide. Est-ce par amour ou par instinct de survie? Nâest-ce pas parce quâils sont programmĂ©s ainsi, poussĂ©s par une force irrĂ©pressible? Lâhomme est comme eux, en vĂ©ritĂ©. Il donne jusquâĂ la blessure, jusquâau manque, au dĂ©goĂ»t, Ă la meurtrissure par peur de la solitude. Eh bien, est-ce le produit de lâamour, que de finir meurtri ainsi?
VoilĂ le mirage dans votre dĂ©sert, ĂŽ fils cĂ©lestes! Cette pulsion impĂ©rieuse de lâattachement, câest Mahamaya, la grande illusion qui baratte les Ăąmes divines des hommes et les pousse Ă prendre plusieurs fois corps, naissances et morts, Ă troquer leur incorruptibilitĂ© pour dâĂ©phĂ©mĂšres jouissances.
La Grande Illusion, aux atours dâabord charmants, exhibe toujours Ă la fin, ses crocs immenses, putrides et ensanglantĂ©s, quâelle finit par planter dans le cĆur pur des fils et filles Ă©ternels du Guru, oublieux, hĂ©las, de leur essence divine ».
StupĂ©faits par lâĂ©lucidation du grand MaĂźtre sage, le roi et le marchand interrogĂšrent plus en avant:
« Parle-nous de cette grande Illusion effrayante, que nous veut-elle et qui la laisse ainsi heurter nos cĆurs purs impunĂ©ment? »
Le Grand Sage surgit alors du petit groupe de disciples lâentourant, vĂȘtu dâun pagne blanc et dâun turban safran. Son visage rond et ridĂ© par endroit illuminait lâunivers tout entier, bien au-delĂ de la clairiĂšre. Il sâapprocha lentement et leur livra en un instant, la vĂ©ritĂ© de lâexistence, bien au-delĂ de lâexistence:
Chers enfants aux ouĂŻes attentives et aux cĆurs meurtris par Mahamaya, il Ă©tait une fois ViáčŁáču, endormi paisiblement, le grand serpent cosmique Shesha lui servant de sofa. Alors quâil rĂȘvait le rĂȘve de lâunivers, Brahma dans un lotus sorti de son nombril, crĂ©ait son rĂȘve, y croyant dur comme fer.
Puis de lâoreille de ViáčŁáču, un fluide marron sâĂ©coula et deux crĂ©atures vilaines nommĂ©es Madhu et Kaitabha sây formĂšrent. NĂ©s dâune visqueuse cire dâoreille, voilĂ deux dĂ©mons prĂȘts Ă faire trembler tout l’univers, toute la crĂ©ation de Brahma. Leurs gueules hideuses au souffle pestilentiel, leurs griffes cornues et pleines de crasse se plantĂšrent dans la chair pure et Ă jamais innocente du CrĂ©ateur Prajapati, qui hurla tant et si fort que son cri dĂ©chira le manteau Ă©toilĂ© de la nuit rĂȘvĂ©e des cieux.
« ViáčŁáču, supplia Brahma, toi qui es le Grand PĂšre de lâUnivers, je tâinvoque! Que ta puissance divine, Grande MĂšre de lâUnivers, jaillisse de ton sommeil et mette un terme Ă mon calvaire. Ton sommeil, si doux, est pour moi torture oĂč des ĂȘtres malfaisants aux dentures ignobles et obscĂšnes mâassaillent constamment. MĂšre en manifestation glorieuse, Forme Sublime-Ultime de toutes formes, lĂšve-toi et pourfend ces dĂ©mons! »
Alors, la DĂ©esse aux trente-trois millions de reflets, que lâon nomme Sommeil Divin ou Yoga Nidra, MahaKali ou le Temps SuprĂȘme, et MahaDurga, la Grande LibĂ©ration, se manifesta en ViáčŁáču qui sitĂŽt, se mit Ă guerroyer. Attaquant les dĂ©mons, rendant coup sur coups, la Grande LibĂ©ration parfaite et fĂ©roce, pendant cinq mille ans, leur livra bataille, nous disent les Ăcritures. Et voilĂ que Madhu et Kaitabha, gonflĂ©s dâorgueil dâavoir ainsi retenu lâattention de ViáčŁáču pendant cinquante siĂšcles, lui dĂ©clarĂšrent:« Il nâest pas chose aisĂ©e de nous vaincre, nâest-ce pas? Un million huit cent mille vingt-cinq jours, voir un jour, une heure, une annĂ©e de plus, tây voilĂ encore et toujours!, ricanĂšrent les affreux. Vois comme nos canines affĂ»tĂ©es et terribles luisent du sang de ta progĂ©niture, et vois comme tu es trempĂ© de sueur! Entends ses cris dâeffroi, et souffre que le souffle de sa crĂ©ation faiblisse sous notre appĂ©tit mordant et froid, notre force souffrante, et notre loi!
Las, le cĆur lourd de ta prĂ©cieuse progĂ©niture, battant petitement dans sa poitrine tourmentĂ©e, gonflĂ©e de torrents de pleurs Ă©touffĂ©s! Ă coup sĂ»r, lui et toi, vous faites pitié⊠alors en grands seigneurs, nous allons t’accorder une faveur, pauvre hĂšre que nous sommes sur le point dâĂ©craser: fais un vĆu, que nous allons instamment tâaccorder! »
Alors, la DĂ©esse dans le corps de ViáčŁáču, Grande MĂšre de lâUnivers et GuerriĂšre redoutable que lâon nomme aussi Saraswati, Puits de Sagesse, VÄk, Parole Causale, et Laksmi, But Ultime et Abondance, annonça dâune voix franche et sereine:
« Voici mon vĆu, que vous soyez dĂ©capitĂ©s! »
Madhu et Kaitabha, dĂ©bordant d’hubris, repus de satisfaction, boursoufflĂ©s dâoutrecuidance, d’arrogance et de morgue, nâeurent dâautre choix que dây consentir, selon les lois de la conscience cosmique. Et ils donnĂšrent mĂȘme Ă ViáčŁáču, la clĂ© de leur destruction Ă©ternelle:
DĂ©capite-nous sur une terre sans eau, aride, lĂ oĂč nos dĂ©sirs de nuisance ne pourront plus jamais fleurir. »
Ainsi, toi qui lis ou entends cette histoire, sache que tu es ViáčŁáču, le TrĂšs Grand, le Tout-Puissant, lâĂme divine aux noms et formes innombrables, devenue MadhusĆ«dana, le Destructeur de Madhu.
Aum.
ââCulture du Sat Yuga
Ce conte est une traduction, une réécriture fidĂšle et poĂ©tique du premier chapitre du Devi Mahatmyam par ĂllĂ©bore Guimon, poĂšte et artiste.

Vous pouvez Ă©couter une rĂ©citation sacrĂ©e du Devi Mahatmyam dans son intĂ©gralitĂ©, en Sanskrit, chantĂ©e par des prĂȘtres vĂ©diques grĂące Ă cette vidĂ©o. Le Devi Mahatmyam commence au bout d’une heure avec le chapitre 1, la bataille de Durga contre Madhu et Kaitabha.
âŒïž Nous vous recommandons de ne jamais payer pour Ă©couter ou pratiquer le chant ou la mĂ©ditation de mantras. Le support de toute mĂ©ditation est le nom de Dieu (ses noms innombrables đ). Le Nom Divin, tout comme Celui qui le porte, ne peuvent ni s’acheter, ni se vendre. Dieu est en chacun de nous, peu importe notre couleur de peau, lieu de naissance, genre ou statut social. Voir, Ă ce sujet notre article sur le Samarth Guru, l’hindouisme universel, ou la page 7 de Savez-vous vraiment ce qu’est le Yoga, par Guru Siyag.
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