Cette page appartient à notre nouvelle rubrique Le Royaume intérieur, un espace consacré au dialogue entre la Bible et la philosophie du Yoga.
À partir de questions reçues de nos lecteurs, nous y explorons le sens profond des paraboles, des symboles et des récits bibliques, dans un langage simple et sous la forme de questions-réponses.
Notre intention n’est pas d’opposer les traditions ni de réduire l’une à l’autre, mais d’éclairer leurs correspondances et d’offrir à chacun de nouvelles pistes de réflexion et de méditation pour stimuler sa vie spirituelle.
Pour cette première exploration, nous nous intéressons à la parabole du fils prodigue et à ce qu’elle peut nous révéler sur le cheminement de l’âme, la famine spirituelle et le retour vers notre Source.
Question:
Dans la Bible, les paraboles sont des textes assez mystérieux. Je ne les comprends pas toujours. Pouvez-vous me dire pourquoi? Prenons l’exemple de la parabole du fils prodigue. Cette histoire me fascine, je cherche à la comprendre, mais j’ai l’impression que quelque chose m’échappe.
Réponse:
On lit souvent les paraboles au premier degré, mais il y a bien souvent un sens plus universel, plus subtil, qui permet de vivifier sa perception spirituelle de l’existence.
Dans la parabole du fils prodigue, le fils vit dans un état de prospérité et de félicité naturelles lorsqu’il est auprès de son père. Un jour, il décide de partir pour explorer le monde et demande à son père de lui donner sa part d’héritage pour qu’il puisse faire ce grand voyage.
Il quitte donc la maison de son père avec tout ce qu’il a reçu de lui, et fait des expériences nouvelles.
Mais ce voyage épuise bientôt toutes ses ressources et, nous dit encore le Christ, « une grande famine surgit dans le pays».
Et si, dans cette parabole, le Christ employait une image simple, mais très profonde pour nous parler de la vie de notre âme, explorant l’existence avec toute l’intelligence, toute la sensibilité et la beauté divines qui sont naturellement siennes parce qu’elle est d’essence divine?
Imaginons cette âme explorant de plus en plus son existence humaine et ce faisant, oubliant progressivement d’où elle vient, et ce qu’est sa véritable nature.
Le fils prodigue est semblable à l’âme humaine lorsqu’elle s’éloigne de sa Source et oublie son origine divine.
Quant à ce « pays éloigné », est-ce vraiment un lieu? Ou est-ce plutôt l’état intérieur dans lequel nous vivons lorsque nous cherchons exclusivement au-dehors ce qui pourrait nous combler, et qui existe déjà en chacun de nous, à l’intérieur?
Et lorsque le fils dilapide ainsi son héritage, le Christ parle de « débauche ». Un mot un peu brutal.
La vie humaine, que le Christ a aussi chérie, est-ce cela la débauche, ou est-ce plutôt l’éloignement, l’oubli, l’ignorance de notre propre nature et ce faisant, les conséquences de cet oubli dans nos existences?
Cette débauche peut aussi représenter la dispersion de notre attention, de notre énergie et de notre conscience. Peu à peu, l’âme épuise ses ressources et découvre en elle une faim que le monde extérieur ne peut apaiser. Cette famine est douloureuse, mais elle est aussi le commencement du retour : quelque chose en nous se souvient enfin de la Maison.
Question:
Est-ce que la vie matérielle est une mauvaise chose?
Réponse:
Le Divin est présent dans tous les aspects de notre vie humaine. Il ne la méprise pas, bien au contraire. Le Christ a fêté des mariages, s’est réjouit de ses amitiés, et a été très passionné dans ses débats. Il avait également un métier.
La vie humaine, matérielle, est donc un aspect tout à fait honorable de l’expérience de l’âme divine.
C’est le déséquilibre qui pose problème.
Une vie humaine pleinement vécue implique un équilibre entre la vie intérieure et la vie extérieure. Il peut exister, dans toute pratique spirituelle, des périodes de retrait et de concentration plus intenses. Mais lorsque l’on se coupe durablement du monde pour prier ou méditer, on risque de perdre peu à peu le contact avec les réalités de la vie extérieure et avec les autres.
La vie quotidienne, l’action et les relations nous permettent aussi de vérifier que la transformation intérieure est bien réelle. C’est au contact du monde extérieur que nous pouvons vérifier si notre pratique nous rend effectivement plus paisibles, plus lucides, plus patients et plus justes. La vie matérielle n’est donc pas un obstacle à la vie spirituelle : elle est aussi le lieu où celle-ci s’éprouve, s’intègre et devient vivante.
Inversement, une vie tournée exclusivement vers les préoccupations matérielles ne peut nourrir l’âme, et génèrera tôt ou tard de sérieuses difficultés dans nos existences, y compris sur le plan matériel.
Dans la tradition du Yoga, on dit souvent:
Que devient la matière si l’esprit la quitte?
Ceci signifie simplement qu’une bonne vie spirituelle permet de vivre une vie matĂ©rielle paisible parce qu’elle la soutient, la vivifie.
La vie spirituelle en est la source.
Dans la parabole du fils prodigue, c’est ce à quoi renvoie la dilapidation des ressources du fils survenant en même temps qu’une grande famine dans le pays. Les ressources du fils représentent la force spirituelle, intérieure; la famine dans le pays quant à elle représente la vie extérieure, matérielle.
Notre époque se caractérise par un grand déséquilibre spirituel et un sur-investissement de la vie matérielle. Quand l’âme humaine est prête à entamer sa quête spirituelle parce qu’elle se sent dénutrie à cause de l’excès de préoccupations matérielles, son questionnement intérieur se manifeste souvent avec une grande intensité.
Certains saints de notre patrimoine spirituel partagé ont relaté avoir vécu des épreuves existentielles douloureuses avant de se mettre en quête spirituelle pour trouver enfin une voie spirituelle nutritive pour l’âme.
Saint Jean de la Croix a nommé cette intensité, la nuit noire de l’âme.
Ram Lal Siyag, un Saint hindou, a relaté que c’est une peur panique, totalement inexplicable de la mort (il était en parfaite santé) qui l’a poussé à entamer sa quête spirituelle, et à réaliser le Soi.
La famine spirituelle déclenche plusieurs types de souffrances, qui se caractérisent généralement par leur intensité.
À cause de cette intensité, ce moment où l’on réalise que l’on est dénutri spirituellement ou appauvri intérieurement, exige une réponse spirituelle efficace, pérenne.
Question:
Il y a tellement de prières en ligne, de méditations sur YouTube, il y a plusieurs religions, on ne sait plus où donner de la tête ! Comment faire pour trouver la pratique spirituelle qui nous convient ?
Réponse:
Bien souvent, lorsque dĂ©bute la quĂŞte spirituelle, on se met en recherche, on passe d’un enseignement Ă l’autre, d’un livre Ă l’autre.
Il est essentiel, pour ne pas se dissiper, de garder à l’esprit deux choses importantes pour retirer le bénéfice spirituel recherché, et trouver enfin ce dont nous avons besoin pour sortir de l’état de famine spirituelle.
Puisqu’il s’agit de famine, prenons l’exemple de nos repas.
1. Pour être rassasié et en bonne santé physique, il faut se nourrir régulièrement tous les jours, et manger des aliments de qualité.
Manger des bonbons pour le petit déjeuner, le déjeuner ou le dîner peut être plaisant sur le moment, mais ce n’est pas suffisant et ce n’est certainement pas adapté à notre santé.
De mĂŞme, la faim spirituelle ne peut ĂŞtre comblĂ©e que par une pratique spirituelle nutritive pour l’âme, c’est-Ă -dire, conçue pour nous permettre d’arriver Ă maturation spirituelle.
2. On ne peut pas tirer les nutriments nécessaires à une vie entière en absorbant un seul repas, ou quelques repas occasionnels.
En d’autres termes, si je mange une fois aujourd’hui, ce n’est pas suffisant pour me sustenter toute la vie.
Pour appliquer cette image à notre pratique spirituelle, il faudra nourrir notre âme régulièrement, tout au long de la vie, avec une pratique spirituelle efficace et authentique, pour lui permettre de grandir et d’arriver à maturation spirituelle.
Cette maturation spirituelle, les Yogis et mystiques des temps anciens, dont le Christ, le Bouddha, ou Krishna faisaient partie, l’ont nommée Réalisation du Soi.
Selon les traditions, cet Ă©tat de fĂ©licitĂ© et de luciditĂ© spirituelles porte des noms divers: nirvana, illumination, libĂ©ration spirituelle, super-conscience…
Le Christ, quant Ă lui, a utilisĂ© la mĂ©taphore du retour au Royaume des Cieux pour tĂ©moigner de cet Ă©tat d’union de l’âme humaine avec le Père, c’est-Ă -dire, notre Source divine.
Question:
Mais c’est difficile de prier ou mĂ©diter tous les jours !
Réponse:
Est-ce difficile de prendre vos repas quotidiens, de manger tous les jours ?
Non.
Pourquoi ?
Parce que votre corps le réclame.
Comment en êtes-vous arrivés à écouter votre corps, à reconnaître les signaux qu’il vous envoie ?
Vous avez observé les effets de la faim, de la famine et de la malnutrition sur le corps, à divers degrés. Vous savez instinctivement que lorsque vous mangez mal ou que vous ne mangez pas, cela déclenche des souffrances dans le corps, qui vont de l’inconfort à la maladie, et même la mort.
Vous savez donc reconnaître les signaux de la faim ou de la soif. Vous n’avez quasiment pas à y penser, c’est votre corps qui s’en charge pour vous. Votre estomac gargouille, vous avez mal au ventre, la bouche sèche, les jambes molles. Ce sont autant de signaux que vous envoie le corps à chaque instant pour vous rappeler de le nourrir. Vous anticipez même la faim et la soif du corps en prévoyant à l’avance vos heures de repas.
Ce n’est pas un hasard si la privation d’eau et de nourriture sont une technique de torture!
Vous avez même accès à des informations précises sur l’importance de la nutrition, émanant d’experts, de scientifiques, de médecins. Ils sont là pour vous aider à équilibrer vos habitudes alimentaires et prendre soin de votre santé physique.
Il en va de mĂŞme pour la nourriture spirituelle.
Les signaux de la dénutrition spirituelle sont ceux que votre âme émet en continu. Ils sont aussi perceptibles que la faim ou la soif.
Il faut apprendre à les reconnaître.
De même que la faim physique se traduit généralement par un inconfort ou une douleur dans le corps, la faim spirituelle, plus subtile que la faim physique, se manifeste bien souvent par des souffrances existentielles.
Au lieu de chercher Ă se divertir des souffrances existentielles rĂ©currentes ou des Ă©motions difficiles qui se rĂ©pètent en vous, il faut chercher Ă les guĂ©rir une bonne fois pour toutes parce qu’elles sont le signe de la faim spirituelle.
De même qu’un bon repas rassasie, fait disparaître la sensation de faim, et nous permet d’avoir un corps fort et résilient, une bonne pratique spirituelle fait disparaître la faim spirituelle, et ses effets douloureux dans notre existence.
Une bonne pratique spirituelle permet à notre âme de grandir, de révéler sa force.
Question:
Comment apprendre à nourrir notre âme ? Avons-nous besoin d’un enseignant spirituel ?
Réponse:
De même qu’il existe des experts en nourriture physique, il existe des experts en nourriture spirituelle. Ils ont observé et étudié la structure de l’âme, savent de quoi elle a besoin, et peuvent nous apprendre à la nourrir. Ces experts portent des noms divers dans les nombreuses traditions spirituelles de l’humanité. On les présente souvent comme des prophètes parce qu’ils sont obligés de relater la nature de leurs expériences intérieures pour attirer notre attention sur notre état de famine spirituelle.
Pour les mêmes raisons, en partie, on dit aussi qu’ils sont des saints.
Dans la tradition juive, on les nomme « rabbi » ou enseignant. Dans la tradition du Yoga, on les nomme « guru ».
Le mot guru signifie « qui ôte l’ignorance ».
Le Yoga est une tradition universelle: elle est ouverte à tous, sans distinction de sexe, de nationalité, de mode de vie, d’appartenance ethnique, ou de religion.
De même qu’un médecin le devient une fois que ses pairs ont validé l’intégrité et l’efficacité de ses connaissances, un guru le devient une fois que ses pairs ont également validé l’efficacité de ses connaissances.
Question:
Il y a beaucoup de gurus et de gens qui enseignent la spiritualité. Comment reconnaître un véritable enseignant spirituel ?
Réponse:
Les gurus ou enseignants spirituels authentiques ne sont pas isolés: ils appartiennent à une lignée qui peut être historiquement tracée et qui garde l’intégrité de la connaissance spirituelle.
C’est vrai qu’il existe plusieurs voies, religions, écoles ou lignées spirituelles.
Dans la tradition du Yoga, les gurus habilités à transmettre une pratique permettant la réalisation du Soi, l’illumination, la libération spirituelle, ou encore, en termes poétiques christiques, l’entrée dans le royaume des cieux, se nomment Samarth Gurus.
Un Samarth Guru ne demande pas d’argent, ne vous demande pas de changer de mode de vie ou de religion. Il transmet simplement une pratique spirituelle efficace et directe, issue de son expérience et de sa pratique spirituelle personnelle, et validée par sa lignée.
Enfin, un Guru véritable et habilité n’a pas besoin d’être physiquement présent. C’est sa pratique spirituelle qui continue de faire le travail, bien après qu’il ait quitté son corps physique.
Un véritable enseignant spirituel a réalisé pleinement le Divin. Il est donc comme Lui, par delà le temps et l’espace. Sa technique spirituelle doit nous permettre naturellement de nous rassasier et de nous amener à maturation spirituellement.
🌺 Une pratique spirituelle authentique doit apporter des changements bénéfiques, remarquables, dans nos vies, dans un laps de temps raisonnable.
🌺 Lorsque nous pratiquons une technique spirituelle riche en nutriments pour notre âme, la discipline vient d’elle-même.
De même que le corps apprend instinctivement à manger des bonnes choses pour sa croissance, sa force, et sa vie, et le fait de façon régulière, sans être forcé, l’âme reconnaît intuitivement que cette pratique est bonne pour elle, et ainsi nous devenons disciplinés, réguliers dans notre pratique spirituelle.
Encore une fois, des changements positifs constants tout au long de la pratique, tout au long de nos vies sont le signe d’une pratique spirituelle efficace et authentique.
Si rien ne change positivement et durablement dans votre vie, ou si la faim spirituelle semble s’accentuer, c’est un signe qu’il faut également écouter. Il faut continuer à chercher ce qui nourrira votre âme jusqu’à ce que vous le trouviez, en gardant à l’esprit les critères dont nous venons de parler.
Lorsque la pratique spirituelle est authentique, méditer ou prier tous les jours n’est plus un problème. Cela devient naturel parce que l’effet de cette pratique se ressent dans tous les domaines de l’existence, y compris sur le plan matériel.

Poursuivre la réflexion
Qu’entend-on exactement par éveil, illumination ou Réalisation du Soi ? Comment distinguer une expérience mystique, parfois intense mais passagère, d’une transformation spirituelle profonde et durable ? Et comment reconnaître la pratique ou l’enseignement capable d’accompagner cette maturation ?
Pour approfondir ces questions, nous vous invitons à découvrir notre série en quatre parties : Illumination, éveil : comment trier le bon grain de l’ivraie.
Cette série examine progressivement les différentes significations attribuées à l’éveil, les étapes de la transformation de la personnalité, le rôle de la pratique et de la Kundalini, avant de présenter, dans son dernier volet, la fonction du Samarth Guru dans la Réalisation du Soi.
Cette sĂ©rie vous permettra d’y voir plus clair en vous donnant des repères pour poursuivre votre rĂ©flexion, observer votre propre cheminement et laisser mĂ»rir votre comprĂ©hension intĂ©rieure, quelque soit votre sensibilitĂ© religieuse ou philosophique.
🌺 Lire la série : Illumination, éveil — comment trier le bon grain de l’ivraie



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